Peut-on nier 'l'épidémie d'obésité' et ses conséquences ? (1/3) Notre interrogation est la suivante (et sera déclinée en trois parties): peut-on nier l’existence d’une réalité médicale de manière scientifique? Si oui, quels sont les présupposés d’une telle négation et comment la combattre, ou au contraire la justifier ? Par opposition à une réalité historique, avérée par l’enquête, une réalité médicale est soumise à la variabilité du vivant. Sa traduction en termes statistiques est sujette à de multiples interprétations, dont certaines, comme en histoire, seront utilisées à des fins polémiques. Nous partirons de l’article de P CAMPOS et col: The epidemiology of overweight and obesity: public health crisis or moral panic?* Il émane surtout de personnalités non cliniciennes, issues par exemple de la sociologie, et dont l’apprentissage intellectuel est différent de ceux qui appréhendent la notion de risque médical en termes de conduite à tenir spécifique.
Les tenants de la ligne 'négationniste' pointent les intérêts de médecins ou chirurgiens, et membres de l’industrie pharmaceutique (médicaments amaigrissants), qui exagèrent la gravité de la prévalence de l’obésité et de ses conséquences pathologiques, afin de préserver leur rente de situation et leurs intérêts économiques, et plus généralement pour perpétuer une forme de discrimination: De tels constats confortent la théorie que la soi disant « épidémie d’obésité » sert à renforcer les préjugés moraux envers les minorités (raciales) et les pauvres. Si le niveau de l’argumentation et les contre-vérités factuelles peuvent poser problème, le propos serait légitimé par la lutte contre la discrimination... Reste à savoir si le meilleur service à rendre à la communauté des obèses est de nier leur état de santé ou ses conséquences! Nous allons examiner ces arguments et leurs contre-arguments dans les deux prochaines newsletters
*Int J of Epidemiology, 2006; 35: 55-60. |