La dépense énergétique. La cause habituelle de l'obésité est un déséquilibre entre les apports énergétiques et les dépenses énergétiques. Il existe en effet des mécanismes fins de régulation du poids en fonction de ce que l'on appelle les réserves énergétiques. Celles-ci sont capables de se ' déstocker ' lorsque l'organisme en a la nécessité, et donc de compenser une insuffisance d'apport par rapport aux besoins.
La dépense énergétique quotidienne se décompose en trois entités :
>> Le métabolisme basal : c'est la dépense minimale pour que l'organisme se maintienne en vie. Il dépend essentiellement de la masse maigre (qui comporte surtout les muscles), et représente 70% du total des dépenses.
>> L'activité physique : elle est bien sur très variable, du sédentaire au travailleur de force. Elle représente en moyenne 20% du total. L'obèse constitué a lui-même, du seul fait de son poids à déplacer, une dépense liée à son activité physique - même si elle est modérée - supérieure à celle d'un sujet normal. On comprend donc facilement que ce n'est pas par le biais de la dépense apparente, c'est-à-dire par l'activité physique au sens large, que l'obèse peut obtenir le maximum de perte pondérale. Mais si la diminution des apports est l'élément prioritaire d'une diététique bien conduite, le sport est cependant non négligeable, car il potentialise les effets de la diète, et il s'avère très bénéfique dans le prolongement de celle-ci pour éviter les rechutes. >> La thermogenèse : elle découle de la métabolisation des aliments - absorption et stockage - après les repas. Elle représente 10% du total. Un certain nombre des calories absorbées au moment des repas est donc immédiatement ' brûlé ' par la digestion. Cette composante explique le fait que sauter un repas n'entre pas dans les conseils diététiques raisonnables. Ces éléments, joints au fait que le surcroît de prise alimentaire nécessaire au départ pour constituer une obésité soit relativement modeste, expliquent les difficultés à obtenir un résultat thérapeutique avec les régimes habituels. En particulier on sait que le seul maintien de la masse maigre de l'obèse - dans sa composante musculaire en particulier- lui impose des rations hypercaloriques. D'autre part, il suffit pour entamer le processus d'erreurs alimentaires assez banales, comme l'atteste ce spécialiste international :
Le concept de balance énergétique est facile à comprendre; c'est son aspect quantitatif qui est souvent méconnu. Un patient obèse typique verra son poids augmenter de quelques 20 kg en 10 ans. Ceci signifie un excès d'apport quotidien de 30 à 40 kilocalories au début du processus d'obésité, qui augmentera graduellement avec le temps pour maintenir un corps plus volumineux. Un excès quotidien de cette ampleur correspond initialement à moins d'un demi-sandwich, ou bien à l'absence d'un exercice de moyenne ou faible intensité, comme marcher, ou monter les escaliers. (Per Björntorp. Obesity. The Lancet, 1997) Il y a donc réellement inégalité devant la prise de poids chez les sujets considérés au départ comme normaux, ce qui explique chez certains un sentiment d'injustice. Les célèbres expériences de Sims chez des prisonniers sont édifiantes: soumis à une diète hypercalorique de plus de 10000 calories par jour (contre une alimentation normale de 2200 calories), seuls certains d'entre eux obtinrent une prise de poids significative (plus de 6 kg), ceux-là même qui avaient des antécédents familiaux d'obésité - ce qui est un facteur favorisant. (Sims. Endocrine and Metabolic effects of Experimental Obesity in man, 1973) Les facteurs favorisants de l'obésité. Les explications ci-dessus font comprendre que la genèse de l'obésité est un phénomène complexe. Dans un souci pratique de simplification, on peut toutefois grouper les principaux facteurs déclenchants de l'obésité (ce terme étant de loin préférable à celui de causes). >> Les facteurs alimentaires. Ils interviennent à trois niveaux. - L'excès d'apport (le quantitatif) : il est certain que le nombre moyen de calories ingérées chaque jour est à apprécier selon l'activité du sujet. Le sédentaire n'a pas les mêmes besoins que le travailleur de force, on le comprend aisément. Un apport calorique excessif par rapport aux besoins entraîne donc à la longue une prise de poids significative. - Le déséquilibre dans les apports (le qualitatif) : sans entrer dans le détail, on sait que les graisses (lipides) jouent un rôle majeur dans l'apparition d'un déséquilibre. La consommation excessive de glucides dits rapides (boissons sucrées, chocolats etc.) est également néfaste. En effet ces sucres seront stockés sous forme de graisse s'ils ne sont pas immédiatement dépensés. - Les troubles de la prise et du comportement alimentaires : ce sont la déstructuration des rythmes des repas, qui caractérise les modes de vie actuels en Europe, et de manière générale une mauvaise hygiène de vie, incompatible avec une alimentation régulière. Il existe également des possibilités d'altération des centres nerveux régulant l'appétit, mais ceci n'intervient que dans un nombre très restreint de cas. >> Les facteurs liés à la dépense énergétique. Il s'agit de la sédentarité au sens large, et du passage d'une activité physique importante à la sédentarité. >> Les facteurs génétiques. Il existe de manière certaine une prédisposition génétique (liée à de multiples gènes et non à un seul), qui rend un individu donné, ou une famille d'individus donnée, plus enclins à l'obésité dans un contexte d'environnement donné. On ne doit pas en conclure que l'obésité est une maladie génétique, à de très rares exceptions près, comme le syndrome de Prader-Willi qui touche des adolescents et associe obésité et retard mental. >> Les facteurs psychologiques. Comme il est détaillé dans le chapitre sur les aspects psychologiques de l'obésité, il n'y a pas de profil psychologique type de l'obèse, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de trait de caractère ou d'anomalie du psychisme qui prédispose de manière formelle à l'obésité. A l'inverse, la survenue de certains états psychologiques comme la dépression ou le stress peuvent influer sur la prise de poids. De même, les choses sont rendues plus compliquées par le fait que l'obésité en elle-même contribue à développer certains traits psychologiques anormaux, que l'on pourrait prendre à tort comme une cause de l'obésité. >> Les facteurs sociaux et culturels. Il n'est bien sûr pas possible d'affirmer que la pauvreté
prédispose à l'obésité, mais on observe dans tous les pays occidentaux une
relation inverse entre le niveau de revenus et l'obésité. Ceci peut s'expliquer
par des habitudes alimentaires différentes (plus riches en lipides) et une
inégalité d'accès aux soins. L'obésité était encore il y a un siècle plutôt
synonyme de richesse ou de prospérité. C'est un peu l'inverse qui est vrai
maintenant, les gens aisés 'prenant soin de leurs corps'. De manière plus
générale, ce sont les modes de vie actuels qui exercent une mauvaise influence
sur les habitudes alimentaires : diminution globale des activités physiques du
fait des moyens de transport réduisant la marche à pied, baisse de l'activité
sportive dans les collèges et lycées, multiplication des restaurants fast-food
et des points de vente de boissons et nourritures sucrées, à haute valeur
énergétique, déstructuration des horaires des repas et grignotages devant la télévision, ou à présent l'ordinateur, la consommation de vidéo et TV étant en augmentation. |